Tribune publiée dans La Marseillaise.
En 1936, le Front populaire a ouvert une espérance en rappelant au pays qu’une démocratie doit transformer la vie. Les congés payés, la réduction du temps de travail, la reconnaissance du monde ouvrier, la dignité rendue à celles et ceux qui vivent de leur travail n’ont pas été des concessions tombées du ciel.
Ces conquêtes ont été arrachées par un mouvement populaire porté par une certaine idée de la justice. 90 ans plus tard, cet héritage nous regarde encore.
Le monde dans lequel nous vivons n’est plus celui du Front populaire, mais il connaît à sa manière des déséquilibres et des inquiétudes qui doivent nous faire regarder cet héritage autrement que comme un souvenir. Les formes du travail ont changé, les protections se sont affaiblies, la vie quotidienne est devenue plus coûteuse et plus incertaine pour beaucoup, tandis que la crise écologique, les fractures territoriales et le sentiment d’un recul du progrès social nourrissent une inquiétude démocratique à laquelle nous ne pouvons pas répondre par l’attentisme.
C’est précisément dans ces moments-là qu’il faut revenir à l’essentiel.
Le Front populaire nous laisse d’abord une méthode : ne jamais opposer la République sociale à la démocratie, ne jamais séparer la dignité humaine de l’action publique, ne jamais considérer qu’il serait normal que le travail use, que la vie recule, que l’injustice s’installe. Il nous rappelle qu’une société tient quand elle protège, quand elle émancipe, quand elle permet à chacune et chacun de vivre mieux, et pas seulement de survivre.
Cet anniversaire appelle un engagement.
Préserver le droit à une vie digne, l’accès aux services publics, la solidarité entre les générations, la protection des plus fragiles, le respect du travail, l’égalité réelle entre les territoires et entre les citoyens.
Conquérir de nouveaux droits à la hauteur des déséquilibres de notre époque, qu’il s’agisse du logement, du travail, du vieillissement, de l’accès aux ressources essentielles ou de la protection de notre cadre de vie, car il n’y aurait aucun sens à invoquer le progrès si nous acceptions que la transition écologique, pourtant nécessaire, se transforme pour les classes populaires et les classes moyennes en contrainte de plus, en coût de plus, en inquiétude de plus.
C’est là que l’esprit du Front populaire reste d’une actualité saisissante. Il nous dit qu’il ne faut jamais céder à la résignation. Il nous dit qu’aucun désordre du monde ne justifie l’abandon de la justice sociale. Il nous dit qu’un peuple ne se rassemble durablement que si on lui parle de droits, de respect, d’avenir, et de dignité.
Rendre hommage au Front populaire, ce n’est pas entretenir une mémoire figée ni célébrer un héritage à distance, c’est se demander ce que cet héritage nous pousse encore à conquérir, dans une époque où l’affaiblissement des solidarités, le recul de la confiance collective et la fragilisation du progrès social rendent plus nécessaire que jamais la fidélité à une certaine idée de la démocratie, de l’émancipation et de la justice.
Cet héritage demeure devant nous.
Il nous revient, à chaque époque, de lui donner une traduction vivante.
Loïc Linares
Président de Sète agglopole méditerranée


