Interview publié dans le magazine de Sète agglopole.
Réélu à la présidence de Sète agglopôle méditerranée, Loïc Linares veut inscrire le nouveau mandat dans une logique claire : assumer les grands choix de l’avenir et faire vivre un exécutif pleinement collectif au service des 14 communes et d’un projet commun pour le Bassin de Thau.
Dans quel état d’esprit abordez-vous ce nouveau mandat ?
Ce nouveau mandat prolonge un travail déjà engagé et lui donne davantage de temps, de force et de cohérence. Quand j’ai été élu il y a dix mois, il fallait d’abord remettre de l’écoute, du lien et de la méthode dans le fonctionnement de l’agglomération. Aujourd’hui, nous avons commencé à le faire, nous avons lancé des chantiers, nous avons remis du collectif dans la décision, et nous pouvons désormais avancer. Ce qui compte à mes yeux c’est d’être utile au territoire et à ses communes.
Quels premiers changements avez-vous déjà impulsés à l’échelle de l’agglomération ?
Je pense à des choses très concrètes. Nous avons poursuivi les chantiers utiles qui étaient en cours, notamment sur les mobilités, avec des avancées visibles sur le pôle d’échange multimodal de Sète, le TCSP, les aménagements cyclables ou les navettes maritimes. Mais l’essentiel est peut-être ailleurs : nous avons commencé à remettre le territoire en perspective. Avec une stratégie économique plus offensive autour des friches et des filières d’avenir, avec un SCoT qui redonne un cap de long terme à l’aménagement et avec une feuille de route pour relever les défis climatiques. Autrement dit, nous avons préparé les choix qui compteront pour les années à venir.
Quels sont aujourd’hui les grands sujets qui doivent structurer l’action de l’agglomération ?
Je crois que nos décisions doivent désormais s’ordonner autour de trois besoins essentiels : se loger, se déplacer, travailler. C’est là que se concentrent, aujourd’hui, les équilibres les plus décisifs du territoire.
Le logement d’abord, parce qu’un territoire attractif qui ne permet plus à ses habitants de se loger correctement se dérègle vite. Il faut donc produire une offre plus abordable, plus diversifiée, plus adaptée aux parcours de vie, tout en étant beaucoup plus exigeants sur la sobriété foncière et sur la réutilisation des espaces déjà urbanisés.
Les mobilités ensuite, parce qu’elles conditionnent tout le reste : l’accès à l’emploi, aux services, aux études, aux commerces, à la santé. Une agglomération utile, c’est une agglomération qui permet de mieux circuler, de mieux relier ses communes et de réduire les déplacements contraints.
Et puis il y a le développement économique. Nous avons besoin d’une économie plus ancrée, plus productive, plus cohérente avec ce que nous sommes. Cela passe par le soutien à nos grandes filières, par la valorisation du port, de l’économie maritime, de l’agriculture et du tourisme durable, mais aussi par la reconquête de nos friches pour accueillir des activités nouvelles et préparer une réindustrialisation adaptée à notre territoire.
Vous parlez souvent de développement plus ancré. Qu’est-ce que cela signifie pour l’économie du Bassin de Thau ?
Cela signifie que nous voulons une économie qui parte de ce que nous sommes, mais qui ne s’y enferme pas. Le Bassin de Thau a des bases solides : la mer, le port, l’agriculture, la conchyliculture, le tourisme, des savoir-faire anciens, des infrastructures stratégiques. Ce socle doit être consolidé. Mais il doit aussi servir de point d’appui pour aller vers d’autres filières, plus novatrices, plus décarbonées, plus créatrices d’emplois qualifiés.
C’est dans cet esprit que nous parlons de réindustrialisation. Une industrie qui prolonge notre identité et prépare l’avenir : économie bleue, énergies marines renouvelables, biotechnologies, innovation productive, formation supérieure. L’objectif est économique et territorial : permettre de mieux vivre ici, de mieux travailler ici, et de donner au Bassin de Thau une trajectoire plus solide pour les années qui viennent. Être robuste !
Qu’est-ce qui va changer dans la gouvernance de l’agglomération pendant ce mandat ?
Je veux que l’agglomération soit gouvernée de manière plus claire et plus offensive. Le président doit être à sa place : il doit porter une vision, tenir un cap collectif, défendre le territoire là où cela compte, à Montpellier, à Paris, à Bruxelles, partout où se jouent des décisions qui engagent notre avenir. Il doit savoir se battre pour le Bassin de Thau, pour ses projets, pour ses financements et son avenir.
Mais je ne crois pas à la présidence solitaire : je crois à une présidence qui entraîne. Cela suppose un exécutif solide, des vice-présidents pleinement investis, des maires associés et un travail fluide entre les communes, les élus et l’administration. Chacun doit pouvoir prendre sa part, avec des responsabilités assumées et une confiance réelle.
Ce que je veux, au fond, c’est une gouvernance qui soit à la fois forte dans la représentation du territoire et exigeante dans son fonctionnement interne : un président qui porte et qui protège, une équipe qui agit, et une agglomération qui travaille enfin comme un collectif.
Quelle ambition voulez-vous fixer à ce mandat ?
Je veux que ce mandat soit celui d’une agglomération qui pense plus loin, qui anticipe mieux et qui agit plus clairement. Penser, c’est sortir de la gestion au coup par coup et fixer une direction. Anticiper pour regarder lucidement les mutations du territoire et ne pas attendre qu’elles s’imposent à nous. Agir enfin et traduire cette vision dans des choix concrets, utiles, visibles.
Le Bassin de Thau a besoin de cela : une agglomération capable de protéger ses équilibres, d’accompagner son développement, de préparer ses transitions et de faire travailler ensemble ses 14 communes autour d’une même perspective. Mon ambition, c’est qu’à la fin du mandat, nous ayons non seulement avancé sur les dossiers, mais surtout donné au territoire plus de solidité et pris un temps d’avance.